Monsieur le Président, Cher-e-s collègues,
En règle générale cette partie de notre budget régional – petite certes mais appréciée par les partenaires que nous soutenons dans leurs actions et leurs projets – est adoptée à l’unanimité. C’est normal, personne ne souhaite être malade, ici comme ailleurs, mais quand cela arrive chacun espère bien sûr être le mieux soigné possible.
Pour autant, il me revient ici, avant de vous présenter les grandes lignes de notre intervention dans le champ de la santé – qui n’est pas une compétence dédiée de la région, rappelons-le, mais bien une compétence nationale – de vous remettre en mémoire quelques données qui nous rappellent que la région Haute-Normandie, le département de l’Eure en particulier, est une région particulièrement défavorisée sur le plan de la santé, tant dans le domaine des pathologies graves qui continuent d’affecter nos concitoyens, plus ici qu’ailleurs des causes de mortalités, comme des carences en matière d’offres de soins (manque de médecins, d’infirmiers, de spécialistes) qui touchent de vastes zones de notre territoire, et ce, pas seulement en milieu rural.
Je pourrais ici vous inonder de chiffres pour corroborer mon propos, je vous invite à en prendre connaissance par vous-mêmes sur les sites du Comité Régional d’Education à la Santé (CRES) et l’Observatoire Régional de la Santé (ORS) que nous soutenons dans leur travail de prévention, d’éducation à la santé pour l’un, et de décryptage le plus fin possible de l’état sanitaire de la population haut-normande pour l’autre.
Un seul chiffre vous permettra, je crois, de prendre la mesure réelle des choses : la Haute-Normandie représente environ 3% de la population française, mais plus de 11 % des cancers déclarés s’y trouvent recensés.
A un moment où notre pays, notre région est frappée par la pandémie de la grippe AH1N1, avec comme conséquence la mise en exergue de l’état d’anémie de notre système de soins. On découvre tout d’un coup qu’il manque de médecins, d’infirmiers, de chirurgiens, de personnels soignants dans les hôpitaux comme dans la médecine dite de ville– on réquisitionne à tout va pour vacciner dans l’urgence, mettant en danger par là même des patients en attente d’opérations urgentes vitales comme je l’ai entendu à la radio ce matin dans plusieurs hôpitaux parisiens. On peut craindre qu’après la canicule, la grippe H1N1 révèle d’une manière dramatique « les conséquences des économies imposées » à notre système de soins ces dernières années.
Madame BACHELOT aura beau faire, multiplier les conférences de presse, notre système de soins est malade et sa réforme déjà mise en œuvre dans les hôpitaux publics est un poison qui n’a qu’un objectif ; tuer à petit feu l’hôpital public pour privilégier les cliniques privées. La preuve par les 25 millions d’euros que l’ARH s’apprête à offrir sur un plateau pour le regroupement des cliniques Pasteur et Bergougnian à Evreux.
Les plans dits de « retour à l’équilibre » dans les hôpitaux publics du Havre, d’Evreux, Vernon et du CHU de Rouen c’est aussi cela puisque au nom d’une gestion purement comptable (complètement faussée par la T2A, dite taxe à l’activité) l’ARS et demain l’agence régionale de la santé s’apprête à y supprimer des centaines d’emplois de médecins, d’infirmières, d’aides soignantes, etc.
Heureusement, les personnels, les organisations syndicales, les élus de gauche dans les Conseils d’Administration se mobilisent, s’opposent à ces plans mortifères.
Je m’arrête ici, car j’ai bien conscience que ce n’est pas en noircissant le tableau que l’on mobilisera le mieux pour trouver des solutions, mais quand même n’y-a-t-il pas nécessité de se révolter, de se rassembler pour empêcher le Gouvernement de mettre en application son projet de non remboursement des maladies de longue durée à 100 % après 5 ans de traitement.
Combien de malades, de familles touchées, humiliées dans notre région qui concentre plus de 11 % des cancers nationaux ?
Je vous remercie d’y réfléchir. Malgré tout cela et même à cause de tout cela, la Région poursuit son engagement, son soutien à toutes les initiatives susceptibles d’améliorer l’accès aux soins des haut-normands et à une prévention et une éducation à la santé garantes d’une amélioration de la situation sanitaire sur le moyen et long terme.
Ainsi, l’action de la Région s’exerce dans un partenariat avec l’Etat dans le cadre du Groupement Régional de Santé Publique, le soutien au CRES et à l’ORS, ainsi qu’au fonctionnement des réseaux territoriaux de promotion de la santé, inscrits dans les contrats de pays et d’agglomération.
Comme l’a souligné le Président ce matin, je regrette avec lui que l’Etat renie sa signature en ce qui concerne l’ondotologie, la Région est prête à financer. Alors puisque la période va être aux beaux discours et aux belles promesses, j’invite celles et ceux qui se réclament de cette majorité gouvernementale à la modestie en matière de santé.
Ceux qui découvrent la lune tous les matins – tel ce ministre en charge par ailleurs du dossier chaud bouillant du lait – vous avez reconnu Monsieur LEMAIRE Bruno – déclare je cite le Courrier Cauchois du 25 septembre 2009 « L’offre de soins est insuffisante notamment dans l’Eure, il faut renforcer les solidarités » mériteraient d’être confrontés et d’assumer les décisions du Gouvernement auquel ils appartiennent avant de donner des leçons à qui que ce soit.
Pour sa part, la Région, la majorité régionale assume ses responsabilités et s’engage par exemple dans le copilotage, avec l’Etat, du Plan Régional Santé et Environnement n° .
Pour participer aux commissions de travail qui réunissent agents de l’Etat, représentants syndicaux, d’associations en particulier celle liant santé au travail et environnement, il ressort qu’il est urgent de passer du constat aux actes concrets dans ce domaine. Non pas pour céder à une mode qui pousserait à lier l’environnement à tout, mais tout simplement parce qu’il est maintenant prouvé que notre environnement est cause directe de maladies graves, de décès, il faut donc agir sur les causes.
Souhaitons que le Plan Régional Santé environnement n° 2 comme le Plan Régional Santé au Travail s’en donnent les réels moyens.
Dans la responsabilité que vous m’avez confiée Monsieur le Président, j’y veillerai jusqu’en mars prochain au moins.
Pour finir je voudrais souligner, l’engagement conséquent et reconnu de notre Région, voire attendu dans 3 domaines :
- Les maisons de santé Pluridisciplinaire : Une quinzaine de projets ont été réfléchis par des communautés de comunes ou de pays, mais la complexité, notamment dans la gestion concrète de maisons regroupant plusieurs professionnels de santé font que, à ce jour, 4 maisons de santé pluridisciplinaire sont en bonne voie de réalisation de 2010 – 2 en Seine-Maritime : Neufchatel en Bray et Saint Romain de Colbosc – 2 dans l’Eure : Gaillon et Saint André-de-l’Eure.
- les réseaux de promotion de la santé 7 réseaux sont à ce jour financés à travers la prise en charge du poste de coordination à hauteur de 40 % par la Région et 40 % par l’Etat.
- la formation médicale comme vous le savez, nous attribuons une indemnité de déplacement et de logement plafonnée à 400 € mensuels aux étudiants de 3ème cycle en médecine générale pour réaliser leur stage de 6 mois chez des praticiens exerçant dans des zones fragiles sur le plan de la démographie médicale. Ces 6 prochains mois, nous aiderons ainsi 32 étudiants dans région : 14 dans l’Eure et 18 en Seine-Maritime.


